12 janvier 2019, 8è commémoration du désastre inqualifiable et inquantifiable en perte.
Brise zéphyrienne, souffle ! Souffle sur les tombes des suppliciés du 12 ! Souffle vent, souffle que je dépose sur tes ailes, en guise de gerbes et de Requiem, le son des vibrantes cordes de la cithare d’Apollon ou celui de la mélodieuse flûte Dionysos, murmurant : Paix à vos âmes ! Paix à vos âmes ! Souffle vent ! Souffle sur les endroits où ils sont tombés, surpris, piégés, pincés, restés, tassés, souffle brise zéphyrienne ! Souffle sur ces endroits qui sont devenus leurs tombes. Souffle sur les églises, sur les péristyles, les masures, les baraques, les châteaux de sable défaits depuis ce jour. Souffle vent, souffle !
Pour contourner, masquer ce choc et cette dépression périodiques qui n’en finissent pas, ma réflexion aujourd’hui, ordinairement lugubre et mélancolique, sera orientée vers un halte de l’esprit humain. Je vous rappelle en passant cette sagesse : Si vous oubliez l’histoire, vous êtes condamné(e) à la revivre. Ce, pour vous demander : Avez-vous changé votre négligente et empirique façon de construire ? Avez-vous changé ces modes de construction portant en même temps le germe de la destruction ? Construisez-vous, dès le lendemain du 12, à la Chilienne, à la Japonaise, à la Chinoise ? Si oui, je me permets d’espérer qu’au prochain goudou-goudou (onomatopée utilisée par les Haïtiens pour nommer le tremblement de terre) (puisqu’il faut s’y attendre), on aura 300 et pas 300.000. Ainsi, au lieu de cinq amis portés disparus, ce sera 0.1% (zéro point un pourcent), c’est-à-dire 1 des 5, sortant avec tout au plus une bénigne fracture dont la facture sera vite payée.
Il me vient à l’esprit quelque chose que j’ai envie de vous dire: Les adeptes de la bible disent que la crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse, mais moi je vous dis: faire une invitation à la Science pour la mettre à vos côtés est le commencement de la Sagesse, et qu’on n’a pas à craindre l’Éternel qui n’est pas méchant et qui ne peut pas, comme Gaia, trembler sous nos pas. Vous vous trompez bougrement si vous pensez que quand on parle d’Amour Suprême, on parle d’autre chose que du fait d’aimer soi-même, d’aimer les autres et en prendre bien soin. Vous vous trompez lourdement si vous pensez que quand on parle d’Intelligence Suprême on parle d’autre chose que du grand savoir-faire qui consiste à scientifiser les choses, les mathématiser, les géométriser pour un bien-être généralisé. Que quelqu’un marche sur l’eau, multiplie des pains un jour au bénéfice d’un groupe d’affamés, change par quelqu’alchimie l’eau en vin, affaire ou truc de magnétiseur. Je n’ai vraiment rien à foutre de cela. D’ailleurs je ne bois qu’une fois par an, entre amis, chez mon ami Wesley Rigaud. Ces trucs ne sont profitables à aucune société. Par contre, la science et la technique à mes côtés, je construirai de gigantesques et solides bateaux qui transporteront des tonnes de produits d’une rive à une autre. Voilà qui sera profitable à plus d’un.
Enfin, inventer un mode de construction dont le niveau de protection est si élevée qu’il peut changer la peur des séismes en moments de fortes et douces sensations qu’on paierait même pour les vivre. Voilà le fruit de l’intelligence suprême qu’il nous faut. C’est réalisable, je vous le dis. Revenons à nos moutons morts pour amorcer la fin de ma réflexion ! Souffle, souffle, brise zéphyrienne ! Souffle sur les visages absents, abstraits de ces déroutés, démembrés, desséchés, défaits ! Souffle des quatre coins sur ces âmes bien-aimées dont quatre amis (Wiliiiate, Elsie, Josée, Aline, Gérard) à la mémoire desquels je laisserai fleurir, via ma note, chaque année pendant dix ans, mes amitiés.
Attendant notre tour dans l’antichambre, pendant que se joue sur notre dos le jeu subtil, macabre, invariable de la variation des choses et des êtres, dans une existence fondamentalement abstruse, je demande encore une fois, à la brise zéphyrienne de souffler, de souffler, de souffler sur ces 300.000 âmes qui, à leur tour, nous souffleront à l’oreille une parcelle d’Intelligence Suprême. Requiem !
Charles Alnave.